| Extraits de le préface de Hédi Abdel-Jaouad « Voici, pour le partage, la moisson miraculeuse d’un poète américain de "graphie française" qui n’a cessé, depuis sa prime jeunesse, d’être à l’écoute essentielle (un itinéraire d’écoute de plus d’un demi-siècle !), celle du monde, le nôtre, dont il est un des meilleurs citoyens. […] Je tiens cette poésie pour une des plus éclatantes manifestations du vrai multiculturalisme ! Nul étonnement à ce qu’Eric ait croisé sur son itinéraire poétique, en les saluant, qui pair dédicaces, qui par clins d’œil, et qui par simples allusions, nombre d’illustres poètes de la Francophonie : Kateb Yacine, Mohammed Dib, Abdélkebir Khatibi, Tahar Djaout, Mouloud Mammeri, Léopold-Sédar Senghor, Aimé Césaire, Tchicaya U’Tam’Si, etc. Comme eux, il chant haut et fort le puissance magique du Verbe "fragile plus vieux que le monde." Comme eux, il est plurilingue, ouvert à tous les possibles du langage, assoiffé de lendemains de langages. […] A l’instar de ses confrères africains, particulièrement maghrébins, Eric affiche une nette prédilection presque "fétéchiste" pour certains mots et verbes : chuchoter, vrombir, baratter, ainsi qu’un faible pour les mots et expressions rares et insolites, écubier, âme-varech, lune borgne, sans oublier sa remarquable aptitude à "guette[r] le son et / les heurts inattendus / des mots" jusque dans les fautes de frappe, "chantier borgne" (chez Kateb) pour "chantier bagne", et dans la proximité sonore et les associations logiques qui unissent "rune" et "ruine." Notons aussi, au passage, ces quelques délicieux particularismes et trouvailles langagiers, car notre poète est métisseur des mots, cultivateur dans les camps de l’interfécondation linguistique et culturelle : "je me couvre de / la couverture de la nuit" ; "Ah, quel mythème que cette lune" ; et enfin "Les étoiles les plus miniscules de la voie lactée / jappent et caquètent dans le poulailler de mon cœur." Voici donc, en offrande, une poésie qui mérite d’être dégustée syllabe par syllabe, car en chacune se lit l’épanchement d’un homme généreux épris d’humanisme et de poésie, syllabes surgissant comme des petits miracles arrachés au corps aride du quotidien. » |