Si vous aimez le surréalisme, vous aimerez ce livre!
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Comptes-rendus Mansour M'henni, "Hédi Abdel-Jaouad et les Fugues de barbarie (ou les écrivains maghrébins et le surréalisme), Le Temps (Tunisie), 19 février 1999 Hédi Abel-Jaouad n'est pas inconnu des intellectuels et des universitaires tunisiens bien que vivant en Amérique parce que, lui-même Tunisien de naissance et d'appartenance et profitant de l'ouverture que lui permet son poste d'enseignant universitaire à New York, il ne cesse d'uvrer tant à la mise en valeur des mécanismes intercommunicatifs et transculturels qu'à la création et à l'enrichissement des occasions de fonctionnement de ces mécanismes. Pour mieux faire saisir, si besoin est, l'efficacité et la discrétion de cet intellectuel sincère, rappelons surtout la sympathique rencontre qu'il a organisée à Hammamet en 1997, ou soulignons, au passage, sa large contribution au choix porté sur la Tunisie par le CIEF [Conseil International des Etudes Francophones] pour l'organisation de son Congrès mondial à Sousse, en mai 2000. En attendant, H. Abdel-Jaouad nous gratifie d'un excellent livre (Editions Les Mains secrètes, 1998) qui ne manquera pas de s'imposer comme une référence incontournable sur la question qu'il étudie (Les écrivains maghrébins et le surréalisme) et qu'il baptise Fugues de barbarie, avec un jeu de mots qui dénote d'une profondeur analytique indiscutable et d'un dialogue intertextuel fondateur de la méthode d'approche de l'auteur dans ce livre et évocateur de certains écrivains qui sont autant de frères d'exil et de barbarie pour H. Abdel-Jaouad: je pense surtout à Abdellatif Laâbi (Le Règne de barbarie), à Mohammed Dib (Dieu en barbarie), à Nabile Farès (L'exil et le désarroi) et à feu Salah Garmadi (Nos Ancêtres les bédouins). Fugues de barbarie importe d'abord par les éclaircissements nonveaux qu'il donne sur le surréalisme à travers une référentialité riche et pertinemment triée; il importe aussi par la manière dont il exarnine le rapport de la littérature maghrébine au surréalisme; il importe encore (en non enfin) par la mise en évidence d'une tendance fondamentale dans une certaine écriture maghrébine à se faire sa propre modernité dans la rencontre d'une profondeur ontologique et d'une quête langagière toutes deux revalorisées par (et revalorisant) le surréalisme et le soufisme. C'est ce que H. Abdel-Jaouad appelle le soufialisme. En effet, il importe d'abord de distinguer entre le surréalisme en tant qu'école littéraire (ou le surréalisme historique, celui-là dont on peut dire qu'il s'est éteint avec l'homme qui l'a le plus représenté, son promoteurÈ, en l'occurrence André Breton) et le surréalisme en tant que partie du langage culturel universel au même titre que la psychanalyse, celui défini par Roger Bastide en ces termes: "Le surréalisme dépasse en effet le groupe surréaliste et je le tiens pour synonyme de tout ce qui présente quelque intérêt en fait d'activité poétique". Ainsi défini, ce surréalisme ontologique ne peut avoir qu'une vérité de projet et l'on peut dire que c'est ce deuxième sens du mot qui a poussé le premier à l'autodissolution. L¹on se retrouve ainsi sur le chemin, ou le hasard objectif, qui fait se rencontrer le surréalisme et l'écrivain maghrébin; "car pour les surréalistes, la période de latence et d'occultation de l'esprit surréaliste, du "refoulé" en Occident, est contemporaine de l'avènement de ia révolution industrielle. Le choc de, la civilisation technicienne et utilitaire --- dont l'aboutissement logique fut, pour Dada et les surréalistes, l'horreur de la première guerre mondiale --- se répercute, chez le Maghrébin, dans son extension: la colonisation." . Le livre de Hédi Abdel-Jaouad revisite donc la plupart des écrivains maghrébins, à la fois les grands classiques et ceux que d'aucuns nommeraient des poètes mineurs, pour saisir chez eux le regard croisé qui les amène, eux et le surréalisme, à se rechercher dans le gouffre profond des drames ontologiques et à rencontrer les prédécesseurs, leurs semblables, leurs frères, les soufialistes. Si bien que le trait marquant de cette étude restera ce néologisme, le soufialisme, forgé pour les besoins de la perspective et pour caractériser l'écrivain maghrébin d'aujourd'hui: "L'écrivain maghrébin d'écriture française a trouvé dans le surréalisme un modèle de refus et de dissidence qui lui a permis non seulement de s'attaquer aux ordres établis qui entravent toute velléité d'expression libre mais aussi de réactualiser une pensée et une littérature tout aussi iconoclastes que le surréalisme: le soufisme. Le texte maghrébin semble être la synthèse de ces deux modèles. C'est pour cela que nous avons pu l'appeler "soufialiste". S'agit-il d'une nouvelle taxinomie qui va cloîtrer la littérature maghrébine dans un nouveau ghetto critique? L'auteur s'en garde bien et précise à cet effet:: "Le soufialisme est loin d'être une thèse. Il s'agit d'une approche critique qui nous a permis de découvrir, d'emprunter et de signaler des pistes de lectures qui tentent de sortit le discours critique sur le texte maghrébin des sentiers battusÈ". Les choses sont claires, le débat est ouvert et il ne manquera pas de prolifération... Mansour M'henni
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